La grande barrière silurienne de Gaspésie



On le sait, la tectonique des plaques fait bouger les continents à la surface de la planète. Il y a quelques 420 Ma, la fin du Silurien, le Québec n'occupait pas la position géographique nordique qu'il occupe aujourd'hui, mais se trouvait dans la zone tropicale, au sud de l'équateur. Les eaux qui baignaient les côtes du paléo-continent Laurentia étaient chaudes. Une longue barrière récifale de quelques 1000 kilomètres bordait la marge du plateau continental de l'époque.

Les forces tectoniques qui ont déformé la croûte terrestre et conduit à la formation des Appalaches québécoises il y a quelques 390 Ma ont exhumé des parties de cette grande barrière silurienne. On en retrouve, par exemple, de très beaux vestiges le long de la côte de la Baie des Chaleurs, entre Port-Daniel et Gascons où les falaises de calcaires récifaux tombant à pic dans la mer donnent sa grandeur au paysage. On en trouve aussi dans la partie nord de la péninsule, au nord de Murdochville, le long d'une bande de roches siluriennes qui va de la rivière Madeleine à la route du parc de la Gaspésie, puis, vers l'ouest, dans la région du Lac Témiscouata et à la rivière Neigette au sud de Rimouski. Les carrières de la région de Marbleton dans les Cantons de l'Est exploitent ces mêmes calcaires récifaux.

La barrière a été construite par les stromatoporoïdés (une classe particulière d'éponges), aidés des coraux anciens, des éponges et d'encroûtements bactériens. Par endroits, les masses calcaires ainsi construites atteignent les 800 mètres d'épaisseur. En plus de présenter un intérêt scientifique certain pour ceux qui cherchent à comprendre la vie passée et son évolution, elles offrent un potentiel économique non négligeable, entre autres, comme réservoirs potentiels pour le pétrole ou comme matériaux calcaires de base (on y trouve, entre autres, des marbres rouges identiques à ceux qui ont construit Versailles. Chez nous on les utilise comme pierres de carapace pour stabiliser les quais!).