3.1 La rhéologie
La rhéologie est la science des lois de comportement des
matériaux, qui lient, à un instant donné,
les contraintes aux déformations. Le comportement
rhéologique des roches s'étudie par le biais
d'essais mécaniques au laboratoire, essais qui se
déroulent soit en compression simple ou en cellule
triaxiale. Lors de ces essais, des échantillons
cylindriques ou cubiques sont soumis à un état de
contrainte connu tout en y faisant varier différents
paramètres tels que la température, la pression de
confinement, la vitesse de déformation, la pression fluide
et la chimie des fluides environnants. Ces essais nous permettent
de simuler en laboratoire la déformation fragile, qui se
traduira par le développement d'un plan de
discontinuité dans l'échantillon, une fracture par
exemple, accompagné ou non de glissement sur le plan de
discontinuité, ou la déformation ductile, qui sera
accommodée par la distorsion et/ou la dilatation du
matériau sans rupture ni perte de cohésion.
En géologie structurale, il est important de comprendre le
déroulement de ces expériences, de pouvoir lire et
interpréter les résultats et d'apprécier
l'effet de certains paramètres sur la déformation
(vitesse de déformation, T, P, etc.). En fait, ces
expériences tentent de simuler les déformations de
la croûte terrestre pour mieux comprendre les processus
physiques à l'origine du développement des
différentes structures géologiques, telles que les
failles et les plis.

Figure 1: Échantillons déformés. L'échantillon
de gauche est caractérisé par une
déformation fragile et le développement d'un plan
de rupture. L'échantillon de droite contient une fracture
préexistante (trait de scie) qui a rejoué pendant
l'essai.
3.1.1 Les essais mécaniques et expérimentaux
Appareillage
Dans la plupart des cas, on utilise une presse ou une cellule
triaxiale (figure 2) pour effectuer les essais. Le terme "triaxial"
signifie que les trois contraintes principales, σ
1, σ
2 et σ
3, sont
variables et peuvent être contrôlées pendant
l'essai. En général, la contrainte axiale,
parallèle à l'axe long de l'échantillon,
correspond à σ
1 (en compression). Une pression de
confinement (Pc) sera générée tout autour de
l'échantillon (σ
2 = σ
3) par un fluide sous pression; la Pc
est inférieure à σ
1 et correspond donc à σ
2 et
σ
3. Dans certains cas, l'échantillon sera soumis à
une extension axiale, où la pression de confinement sera
supérieure à la contrainte verticale axiale et donc
Pc = (σ
1 = σ
2) (en compression) et la contrainte axiale deviendra
σ
3 (en extension).

Figure 2: Cellule triaxiale.
Dans tous les cas, la contrainte différentielle correspond
à la contrainte axiale σ
1, moins la pression de
confinement, σ
3 et on aura:
Δσ = σ1 - σ3
Il est possible aussi d'injecter un fluide dans
l'échantillon en cours d'essai pour faire varier la
pression interstitielle du matériau. À ce moment,
la pression interstitielle des fluides (P
f) ne sera pas nulle, et
les contraintes deviendront des contraintes effectives (la
contrainte axiale effective (σ
1) et la pression de confinement
effective (σ
3). Les contraintes effectives pourront être
calculées à partir des relations suivantes:
*σ1 = σ1 - Pf
*σ3 = σ3 - Pf
et dans ce cas, Δσ = *σ1 - *σ3
D'autres paramètres peuvent être
contrôlés pendant les essais soit la vitesse de
déformation (en variant la vitesse du piston), la
température (avec une fournaise autour de
l'échantillon), la pression de confinement (pression du
fluide autour de l'échantillon), la pression
interstitielle des fluides (injections de fluides). Deux types
d'essais sont couramment utilisés, soit l'essai à
vitesse de déformation constante, contrôlée
par la vitesse du piston, et l'essai à contrainte
constante.
3.2 Le comportement des matériaux
Pour mieux comprendre le comportement des roches lors de la déformation, l'on doit revoir d'abord les comportements
idéaux et ensuite présicer le comportement réel des roches.
3.2.1 Les corps élastiques: la loi de Hooke, le module de
Young et le coefficient de Poisson
Lorsque soumis à une contrainte, les
corps élastiques se caractérisent par une réponse instantanée et réversible. Pensez justement à un élastique que l'on étire (contrainte)
et qui revient à sa forme initiale dès qu'on le relâche (aucune contrainte). La déformation subie par un corps élastique sera automatiquement rétablie
une fois les contraintes disparues. Si la déformation est proportionnelle à la contrainte, l'élasticité sera dite
hookéenne
et dans ce cas la déformation linéaire (
ε) sera définie par:
ε= σ/E
où E = Module de Young
et ε= l'étirement (S)
En cisaillement simple (voir figure 6 du module 2), la déformation cisaillante (γ) d'un corps sera proportionnelle à la
contrainte tangentielle (
t):
γ= t/G
où G = Module de rigidité, qui représente la résistance au cisaillement des corps élastiques
Le module d'incompressibilité (K) représente la résistance des corps élastiques au changements de volume:
K= ΔP/ΔV
où ΔP = pression hydrostatique
et ΔV= la dilatation
Un corps élastique hookéen isotrope se raccourcira de
εz sous l'effet d'une contrainte axiale
σz (selon l'axe z) et s'allongera de
εx dans une direction perpendiculaire à σz. Le coefficient
de Poisson correspond au rapport entre l'étirement
εz et l'étirement
εx:
n= εz/εx
À titre d'exemple, le coefficient de Poisson de la plupart des roches varie de 0.01 pour les schistes à 0.25 pour les calcilutites
(calcaire à grains fins). L'effet Poisson correspond aux contraintes horizontales engendrées par les contraintes verticales sur un volume
rocheux en sous surface.
3.2.2 Les corps plastiques
Lorsque soumis à une contrainte, les
corps plastiques se caractérisent par une réponse irréversible. Il se
produira un fluage plastique, c'est-à-dire un écoulement de la matière qui sera dépendante du temps. Si le fluage
se produit à vitesse constante, on dira qu'il est stationnaire. Dans ce cas, la vitesse de déformation (ε)sera
proportionnelle à la contrainte:
ε= ασ
où α= la fluidité
et 1/α= μ, la viscosité
La viscosité est une constante qui dépend du matériau et est fonction de la température, de la pression et de
la vitesse de déformation.
3.2.3 Le comportement visqueux: fluide Newtonien
Le comportement visqueux newtonien des liquides et de certains solides correspond au comportement d'un matériau pour lequel
la viscosité est indépendante de la contrainte tandis que la vitesse de fluage (ε) est proportionnelle à la
contrainte.
Δσ= με
3.3 Le comportement rhéologique des roches
3.3.1 Diagramme contrainte vs déformation
Les données expérimentales sur la déformation des roches en cellules triaxiales
sont portées sur des graphiques de contrainte vs
déformation (figure 3), l'axe vertical étant la
contrainte différentielle (σ
1 - σ
3) et l'axe horizontal
étant la déformation exprimée par la
déformation linéaire de l'échantillon (ε, S ou
λ).
Les essais sur la déformation des roches ont permis
d'observer que la plupart des roches se comportent de
façon élastique jusqu'à ce que leur limite
d'élasticité (ou seuil de plasticité) soit
atteinte. L'échantillon subira alors soit (A) une rupture
fragile accompagnée de perte de cohésion et d'une
chute brusque de la contrainte, (B) une déformation
ductile irréversible suivie d'une fracturation sans perte
de cohésion ou (C) une déformation ductile
irréversible (figure 3). Lorsque les roches sont
déformées à température et pression
ambiantes, la rupture se produit sans déformation ductile
appréciable. Par contre, lorsqu'on augmente la
température et/ou la pression, une part
considérable de la déformation sera
accommodée par une déformation ductile
(distorsion), i.e. le domaine plastique sur un graphique σ vs Eε. Le
comportement plastique peut être accompagné d'un
durcissement ou d'un amollissement du matériau.

Figure 3: σ vs Eε. Comportement élastique suivi de rupture
fragile (A), d'une déformation ductile et rupture (B), et
d'une déformation ductile accompagnée d'un
amollissement (C).
Plusieurs caractéristiques physiques du matériau
pourront être déterminées à l'aide de
ces graphiques dont la limite d'élasticité de
l'échantillon, la résistance ultime ainsi que le
point de rupture. Aussi, le comportement rhéologique des
différents matériaux pourra être
déduit à partir de la forme de la courbe qui
caractérise l'essai (figure 4).
Un
comportement élastique se caractérisera par une
droite sur un graphique σ vs ε (figure 4). La pente de la droite
correspond au module de Young, qui décrit une des
propriétés physiques de la roche, la
rigidité. Cette droite nous indique que la
déformation (ε) est directement proportionnelle à
la contrainte (σ) selon la relation suivante:
σ = Eε
De même, un
comportement plastique se caractérisera
par une courbe sur un graphique σ vs ε (figure 4). La
déformation subie par un échantillon qui se
comporte de façon élastique est réversible
tandis que la déformation ductile en domaine plastique est
irréversible.
Il existe plusieurs paramètres qui servent à
décrire le comportement rhéologique d'une roche
(figure 4):
- Limite d'élasticité ou seuil de
plasticité: la valeur de la contrainte
différentielle au point de courbure de la droite
élastique qui marque le début du comportement
plastique.
- Limite au point de rupture: la contrainte
différentielle atteinte au moment de la rupture.
- Résistance ultime: la contrainte
différentielle maximale encaissée par la roche
pendant l'essai.
- Ductilité: le pourcentage de déformation
ductile avant la rupture.

Figure 4: Graphique σ vs Eε.
3.3.2 Le durcissement et l'amollissement
Pour un comportement plastique, on dira qu'il y a eu
durcissement du matériau lorsque les
contraintes imposées doivent être de plus en plus
élevées pour que la déformation ductile
progresse. Sur un graphique σ vs Eε, le durcissement se traduira par
une pente positive de la courbe du domaine de comportement
plastique (figure 5F). Aussi, on dit qu'il y a eu
amollissement du
matériau lorsque les contraintes doivent être
relâchées pour que la déformation ductile
progresse. L'amollissement se traduira par une pente positive de
la courbe du domaine de comportement plastique sur un graphique
σ vs Eε (figure 5D). Un comportement plastique idéal est
représenté par une droite horizontale sur un
graphique σ vs Eε (fig. 5E). Généralement, les essais
procèdent toujours vers une rupture de
l'échantillon, même après un certain
pourcentage de déformation ductile.

Figure 5: σ vs Eε. Courbe D: Amollissement, courbe E: Fluage plastique idéal,
courbe F: Durcissement.
Mentionnons aussi qu'une roche sera dite
fragile lorsqu'elle
subira au plus 5% de déformation ductile avant la rupture,
fragile-ductile lorsqu'elle subira entre 5 et 10% de
déformation ductile avant rupture, et
ductile lorsqu'elle
subira plus de 10% de déformation ductile avant rupture.
3.3.3 Le diagramme de Mohr des contraintes
Lors d'un essai en compression ou en traction, la rupture se
manifeste par une chute de la contrainte différentielle et
peut se traduire par (1) le développement d'une fracture
ou (2) glissement sur un plan préexistant. Après
plusieurs essais, il est possible de construire un graphique
t vs σ
n,
qui correspond au diagramme de Mohr des contraintes (figure 6). Ce
diagramme permet de déterminer l'enveloppe de fracturation
pour un matériau donné à l'aide des cercles
qui représentent l'état de contrainte au moment de
la rupture à chaque essai. Cette enveloppe sépare
le domaine stable (sans rupture) du domaine instable (rupture) et
permet de déterminer certains paramètres physiques
de la roche, tels que sa cohésion (C), son coefficient
interne de friction (μ) et son agle de friction interne (φ).

Figure 6: Enveloppe de Mohr-Coulomb.
Pour un système de contraintes donné et pour un
matériau donné, le
critère de Coulomb permet
de prédire la contrainte minimale à laquelle aura
lieu la rupture ainsi que l'orientation du plan de fracture qui
se développera.
La relation définie par le critère de Coulomb est
la suivante:
τ = C + (μ*)σn
où τ = la contrainte tangentielle à la rupture
σn = la contrainte normale à la rupture
C = la cohésion
μ* = le coefficient de friction interne
La résistance en traction et la cohésion d'une roche sont données par le point d'intersection de
l'enveloppe sur l'abscisse, T
0 (=-σ
3), et sur l'ordonnée,
C, respectivement.
L'orientation du plan de fracture au moment de la rupture pour un
matériau est donnée par le point d'intersection
entre l'enveloppe et le cercle de l'état de contrainte. Il
s'agit de tracer la droite reliant le point d'intersection et
l'origine du cercle. La
normale au plan de rupture fera un angle
de Θ avec σ
1 (dans un sens anti-horaire par rapport à σ
1 et
dans un sens horaire), Θ étant calculé à
partir du diagramme de Mohr (2Θ) (figure 7).

Figure 7: Enveloppe de Mohr-Coulomb.
Les
enveloppes de fracturation sur les diagrammes de Mohr sont
déterminées expérimentalement et non pas
théoriquement. Dans le domaine de la déformation cassante, l'enveloppe de Mohr correspondra à une droite
et peu importe l'état de contrainte au moment de la rupture (les conditions variables de σ
1 et σ
3),
l'orientation des plans de ruptures sera toujours la même par rapport à l'orientation des contraintes, soit de
30
° par
rapport à σ1. Dans le domaine de la déformation ductile, l'enveloppe de Mohr correspondra à une courbe, et l'orientation
des plans de rupture ou de glissement sera variable; pour des contraintes plus élevées, l'angle entre les plans de glissement et σ1
sera plus fort.
Cliquez sur les liens suivants pour accéder à des animations du professeur D. DePaor sur les essais en cellules
triaxiales au laboratoire et les diagrammes de Mohr correspondant pour une rupture fragile, fragile-ductile et
glissement ductile.
Brittle failure
Yielding failure
Ductile shear
Ces animations proviennent d'un article que DePaor a publié dans la revue Virtual Explorer (De Paor, D. G. 2001. New Interactive Animations for Analysis of Stress, Strain, and Flow. In: Rawling, T. and Aillères, L. 2001. Animations in
Geology. Journal of the Virtual Explorer, 4, 11 - 16).

3.4 Facteurs influençant la rhéologie des roches
3.4.1 Le type de roche
3.4.2 La pression hydrostatique (pression de confinement et pression des fluides)
3.4.3 La température
3.4.4 La vitesse de déformation
3.4.5 Le temps
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sur Les essais mécaniques et le comportement des roches