MODULE 4
Microstructures et mécanismes de déformation


Objectifs spécifiques
  • Énumérer et expliquer les différents mécanismes et processus de la déformation.
  • Connaître et expliquer les facteurs qui influencent les mécanismes de la déformation.
  • Démontrer la relation entre le comportement rhéologique des roches et les mécanismes de la déformation à l'échelle cristalline.



  • Théorie
    4.1 Les mécanismes de la déformation
    4.2 La déformation à l'échelle microscopique
    4.3 Les mécanismes de la déformation fragile
    4.4 Mécanismes de la déformation ductile
    4.5 Les microstructures
    4.6 Le comportement des roches crustales


    Lexique
    Vocabulaire des microstructures


    Exercices courts
    Les mécanismes de la déformation
    Exercices pratiques
    Observation de microstructures


    Questions à travailler chez-soi
    Microstructures et mécanismes de la déformation


    Répertoire des photos
    Photos


    4.1 Les mécanismes de la déformation

    Il existe plusieurs types de mécanismes de déformation qui opèrent soit dans le domaine de la déformation fragile soit dans le domaine de la déformation ductile. L'intervention des mécanismes de déformation se fait à l'échelle du cristal. Ces mécanismes peuvent être regroupés en cinq catégories (Davis et Reynolds, 1996) qui sont: (1) fracturation, cataclase et glissement par friction, (2) maclage mécanique et pliage (kink), (3) fluage par diffusion, (4) fluage par dissolution, et (5) fluage par dislocation. La mise en oeuvre de ces mécanismes, qui peuvent être combinés à certains autres processus, dont la restauration et la recristallisation, mène à la déformation du réseau cristallin.

    Les conditions physiques du milieu seront déterminantes dans le développement des mécanismes de déformation. En effet, des conditions de température et de contrainte différentielle faibles favoriseront la dominance des mécanismes de dissolution, maclage et pliage (figure 1). Au contraire, des conditions de température et de contrainte différentielle élevées favoriseront plutôt le développement du fluage par dislocation.

    Figure 1: Carte de déformation simplifiée démontrant la dominance des mécanismes de déformation pour des conditions physiques générales.

    Il va sans dire que même si les conditions sont favorables au développement d'un mécanisme de déformation en particulier, d'autres mécanismes pourront aussi intervenir pour accommoder une partie de la déformation sans toutefois être le mécanisme dominant.

    4.2 La déformation à l'échelle microscopique
    4.2.1 Les défauts cristallins

    L'empilement régulier et périodique d'un réseau cristallin n'est jamais parfait et des défauts peuvent être introduit lors de la cristallisation ou de la déformation. Ces défauts, qu'ils soient ponctuels, linéaires ou planaires, joueront un rôle important dans la mise en oeuvre des mécanismes de déformation. Par exemple, les lacunes du réseau cristallin seront indispensables pour la migration des atomes dans la diffusion en volume. Un glissement parallèlement à un plan préférentiel du réseau cristallin ne peut s'opérer que par la propagation de boucles de dislocation.

    Les notions de base concernant les réseaux cristallins et les défauts ont été assimilées dans le cours de GLG-10334 Matériaux de l'écorce terrestre.

    Pour une révision, téléchargez une version abrégée des Notes du cours GLG-10334 Matériaux de l'écorce terrestre de J. Duschesne.

    4.2.2 La déformation fragile et ductile

    La déformation d'une roche s'opère à l'échelle du réseau cristallin. Lorsqu'un réseau cristallin idéal, i.e. sans défaut cristallin, est soumis à un état de contrainte en tension, il se déformera d'abord suivant un comportement élastique. Il y aura donc une modification non permanente de l'arrangement du réseau cristallin soit par extension ou contraction, c'est à dire que la distance séparant les atomes du réseau cristallin augmentera ou diminuera (figure 2A). Si l'état de contrainte auquel est soumis le minéral augmente, il se produira une rupture définitive du réseau cristallin (figure 2B). Par contre, pour des conditions de pression et de température plus élévées que celles d'une condition ambiante, le réseau cristallin se déformera par distortion de façon permanente suivant un comportement plastique. Pour un état de contrainte en cisaillement, il se produira d'abord une déformation en cisaillement simple non permanente du réseau cristallin suivant un comportement élastique (figure 2C). Une augmentation des contraintes occasionnera le glissement ductile le long des plans cristallographiques favorables suivant un comportement plastique (figure 2D), le fluage plastique. Il y aura alors distortion permanente du réseau cristallin.

    Figure 2: Déformation fragile et ductile d'un minéral idéal. A) Déformation en extension par distortion du réseau cristallin, B) Déformation fragile par rupture du réseau cristallin, C) Déformation en cisaillement simple du réseau cristallin, D) Déformation ductile par glissement le long de plans cristallographiques favorables.

    Lors du glissement ductile à basse température, les boucles de dislocation engagées sur les plans de glissement tendent à se bloquer sur des obstacles divers. De ce fait, les atomes interstitiels peuvent nuire à la plasticité d'un cristal en bloquant la propagation d'une ou plusieurs dislocations. Le minéral ou la roche subira alors un durcissement (figure 3). Pour poursuivre la déformation on devra augmenter la contrainte différentielle, ce qui aura pour effet d'introduire de nouvelles dislocations dans le réseau et de permettre à certaines d'entre elles de franchir les obstacles (phénomène qu'on appelle la montée des dislocations).

    Figure 3: Diagramme contrainte/déformation caractérisant le fluage.

    Lors du glissement ductile à haute température, l'encombrement du réseau cristallin est réduit grâce aux phénomènes de recristallisation dynamique et de restauration. La restauration est un mécanisme favorisant l'adoucissement du matériau en éliminant les défauts cristallins et par le fait même en dissipant l'énergie mécanique emmagasinée dans le réseau. La restauration permet d'éliminer les défauts soit par la montée des dislocations ou par l'annihilation de dislocations de signe opposé, tandis que la recristallisation dynamique permet l'organisation des dislocations en parois, phénomène aboutissant à la subdivision du réseau cristallin en sous grains, i.e. la polygonisation.

    4.3 Les mécanismes de la déformation fragile
    4.3.1 Fracturation, cataclase et glissement par friction

    Ces mécanismes se caractérisent par le développement de fractures ou microfractures et dans certains cas, glissement sur ces plans de fractures. Il y a donc rupture et perte de cohésion de la roche le long d'un ou plusieurs plans et apparition de fragments anguleux de taille différente.

    4.4 Les mécanismes de la déformation ductile

    Lorsque soumis à des contraintes externes, un cristal peut se déformer soit par glissement le long de plans préférentiels, c'est la déformation plastique sensu stricto, soit par diffusion orientée d'atomes au sein du réseau cristallin ou le long des faces, soit par dissolution et cristallisation directe d'une nouvelle phase minérale au détriment d'une phase plus ancienne, c'est la cristallisation syntectonique.

    4.4.1 Les mécanismes de basse température

    Les mécanismes qui opèrent à basse température sont le glissement, le maclage et le pliage. Un matériau doit posséder cinq systèmes de glissement indépendants pour qu'il puisse se déformer de façon homogène et cohérente. Or les principaux minéraux possèdent moins de cinq systèmes de glissement. À basse température, le maclage, le pliage et le clivage doivent donc assister le glissement des dislocations pour assurer une déformation plastique homogène d'un corps rocheux.

    Maclage et pliage

    Ces mécanismes se caractérisent par la réorganisation et le pliage du réseau cristallin suite à une déformation cisaillante. Il n'y a donc pas de rupture fragile du réseau (figure 4). Ces mécanismes assurent une transformation du réseau cristallin beaucoup plus rapide que la propagation des dislocations. Ils requièrent des contraintes plus élevées que celles reliées au glissement à haute température.

    Figure 4: Représentation schématique d'un réorganisation du réseau cristallin suite au développement d'une macle de déformation.

    Le maclage n'accommode qu'une faible quantité de la déformation et opère le long de certaines directions cristallographiques. Les macles de déformation se développent dans certains minéraux, comme par exemple le plagioclase (figure 5), la calcite (voir figure 7.14 du Répertoire des photos du module 4) et la biotite.

    Figure 5: Qtz et fds-K recristallisés dynamiquement. Notez la présence de macles de déformation dans le grains de fds-K. Le quartz présente une texture polygonale (Passchier et Trouw (1995) figure 3.23).

    Dissolution

    Ce mécanisme nécessite la présence de fluides et implique trois stades distincts, soient la dissolution, la migration (ou le transport) et la cristallisation. La présence d'un fluide qui mouille les joints de grains a pour effet d'augmenter le taux de diffusion à la surface des grains. Un déséquilibre des contraintes a pour effet de modifier la concentration des lacunes entre les surfaces perpendiculaires à s1 et s3 et créer un gradient de potentiel chimique. Il y a donc perte de matériel sur des surfaces orientées perpendiculairement à la contrainte compressive maximale (figure 6) compensée par un gain ailleurs dans la roche dans des sites à faible contrainte compressive via les fluides inter et intracristallins. Ce processus mène à la matérialisation de plans de clivage de dissolution (voir figure 7.8 du Répertoire des photos du module 4).

    Figure 6: Dissolution. La migration des atomes (soulignée par les flèches) se fait via un film fluide fixe ou mobile à partir des surfaces à contrainte compressive élevée vers les surfaces à contrainte compressive faible.

    4.4.2 Les mécanismes de haute température

    Fluage par dislocation

    À haute température, un équilibre dynamique tend à s'établir entre le durcissement et la restauration et l'encombrement du réseau sera réduit grâce au phénomène de recristallisation dynamique. La densité des dislocations se stabilise et on assiste au fluage stationnaire qui procédera par le glissement et la montée des dislocations sur certains plans préférentiels à l'intérieur du réseau cristallin. Il se produira alors une modification de la forme et la taille du réseau cristallin, qui procédera soit par:

    (1) la rotation-recrystallisation qui mène à la polygonisation (le quartz de la figure 7). Le réseau cristallin sera subdivisé en sous-grains (figure 7) par l'organisation des dislocations en parois, ou par

    (2) la recristallisation par migration des joints de grain (figure 8).

    Figure 7: Sous-grains dans du Qtz (Passchier et Trouw (1995) figure 3.19).

    Figure 8: Forme irrégulière des grains de quartz recristallisés et excroissance de joints de grains (Passchier et Trouw (1995) figure 3.20).

    Fluage par diffusion

    À très haute température, le fluage plastique peut être assuré partiellement par diffusion. La diffusion en volume (fluage Nabarro-Herring) opère sous l'effet d'une contrainte compressive appliquée sur une surface donnée. Ce mécanisme procède par migration d'atomes, de lacunes en lacunes, à l'intérieur du réseau cristallin (figure 9). Le bilan correspond à une perte sélective de matériel sur les surfaces dont la contrainte compressive est élevée compensée par un gain au niveau des surfaces à contrainte compressive faible (figure 5).

    Figure 9: Diffusion par volume (fluage Nabarro-Herring). La migration des atomes se fait à partir des surfaces à contrainte compressive élevée vers les surfaces à contrainte compressive faible.

    La diffusion en surface (fluage Cobble), qui opère à des températures un peu moins élevées (figure 2), procède par migration d'atomes aux joints de grains. Tout comme pour la diffusion en volume, ce mécanisme la migration d'atomes se fait via des lacunes à partir de surfaces dont la contrainte compressive est élevée vers des surfaces à contrainte compressive faible. Cependant, la distance de migration est plus longue puisqu'elle se fait en surface et non pas à l'intérieur du réseau cristallin. Conséquemment, ce type de diffusion procède plus rapidement ce qui en fait un mécanisme plus efficace.

    La superplasticité est un mécanisme particulier qui opère dans certaines mylonites. Ce processus implique un fluage par glissement aux joints de grain combiné à de la diffusion en surface pour effacer les obstacles au glissement et assurer la cohésion entre les grains.

    4.5 Les microstructures

    Lorsque nous regardons une roche déformée sous un microscope, nous observons des textures et des patrons géométriques qui s’agencent ensembles pour former des linéations, des foliations et des indicateurs cinématiques. L’interprétation cinématique et dynamique plus poussée de ces agencements, basée sur les résultats d’expériences en laboratoire sur la déformation des roches, nous permettent d’associer un ensemble de microstructures à différents mécanismes de la déformation ayant opérés à un moment donné dans la roche déformée. Par contre, il est important de réaliser que les microstructures que l’on observe sont les produits finaux d’une évolution structurale souvent très complexe et qu’il n’est pas évident de reconstruire cette évolution à partir de l’interprétation des microstructures. Plusieurs microstructures peuvent traduire la mise en oeuvre d’un même mécanisme de déformation et différents mécanismes peuvent parfois occasionner une même microstructure.

    Il n'y a pas qu'un type de microstructure pour chacun des types de mécanisme de déformation. C'est plutôt la combinaison de plusieurs critères qui nous permettra de déduire le ou les mécanismes ayant agit sur la roche déformée. N'oubliez pas que l'échantillon déformé que vous observez est le résultat de conditions physiques en constante évolution au cours de la déformation progressive et que plusieurs mécanismes de déformation ont pu agir ensembles. Voici quelques microstructures qui vous permettront d'identifier les différents types de mécanismes de déformation:

    Fracturation, cataclase et glissement par friction

    Microstructures: Microfractures, micro-brèches, texture cataclastique.

    Maclage et pliage

    Microstructures: La forme des macles de déformation se distinguent de celle des macles de croissance; les premières ont une forme plutôt effilée et se terminent en pointe (figure 5 et figure 7.14 du répertoire des photos) tandis que les macles de croissance sont rectilignes.

    Dissolution

    Microstructures: On cherchera à identifier des plans de dissolution, soulignés par la présence de minéraux insolubles ou de micas, ainsi que des zones où il y a eu dépôt de nouveau matériel, autour d'objets rigides par exemple.

    Fluage par diffusion

    Microstructures: Il est très difficile d'observer des microstructures indicatives d'une déformation par diffusion. On admet que la mise en oeuvre de ce mécanisme mène à des contacts très courbés, et même lobés, entre les grains. Certains auteurs s'entendent pour dire que les grains ayant été affectés par une déformation par diffusion seront zonés, zonation reflétant des transformations métamorphiques accompagnant la déformation. Une zonation syntectonique se distinguera d'une zonation magmatique par sa forme asymétrique autour du grain, selon l'orientation des contraintes au moment de la déformation par diffusion. Des analyses à la microsonde permettront de confirmer la présence de ces zones de composition différente que celle du coeur du grain d'origine.

    Fluage par dislocation

    Microstructures: Les dislocations ne peuvent être observées au microscope optique. Par contre, la présence de plusieurs dislocations au sein d'un cristal causera une flexion du réseau cristallin qui sera traduite au microscope optique par une extinction ondulante du cristal. Aussi, la présence d'une orientation préférentielle du réseau est un autre indice de déformation intracristalline à faible température.

    La recristallisation dynamique par rotation de sous-grains mène à la polygonisation, i.e. la formation de nouveaux grains de taille uniforme (figure 7), des sous-grains avec des joints de grains à 120°. La recristallisation par migration des joints de grain pourra s'identifier par la forme irrégulière de grains néoformés (figure 8) et une excroissance de joints de grains (serrated grain boundary). Une recristallisation partielle s'identifiera par une texture de type core and mantle, consistant en un noyau intact entouré de grains néoformés de même composition.

    La formation de zones planaires contenant une densité élevée de dislocations est le résultat de la restauration. Optiquement, ces zones, aussi appelées bandes de déformation, se caractériseront par une extinction uniforme différente de celle des grains environnants (figure 10). Ces zones pourront aussi éventuellement se diviser en sous-grains dont l'orientation préférentielle du réseau cristallin est de moins de 5° d'un sous grain à l'autre.

    Figure 10: Lamelles de déformation dans du Qtz (du coin supérieur gauche au coin inférieur droit) recoupées par des bandes de grains de quartz néoformés, recristallisés dynamiquement (Passchier et Trouw (1995) figure 3.19).


    4.6 Le comportement des roches crustales
    4.6.1 Transition fragile-ductile
    4.6.2 Influence des conditions physiques sur la déformation des roches

    Passez maintenant aux exercices d'observation de microstructures



    Ce document a été préparé à partir des volumes de référence de géologie structurale suivants que vous pouvez consulter pour des renseignements supplémentaires.

    RÉFÉRENCES

    Passchier, C.W. and Trouw, R.A.J., 1996. Microtectonics. Springer-Verlag, 289 p. ISBN 3-540-58713-6.

    Davis, G.H. and Reynolds, S.J., 1995. Structural geology of rocks and regions, 2nd Edition, John Wiley and Sons, New York, 776 p. ISBN 0-471-52621-5.

    FitzGerald, J.D. and Stünitz, H., 1993. Deformation of granitoids at low metamorphic grade. I: Reactions and grain size reduction. Tectonophysics, 221: 269-297.

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    Hippertt, J.F., 1998. Breakdown of feldspar, volume gain and lateral masstransfer during mylonitization of granitoid in a low metamorphic grade shear zone. Journal of Structural Geology, 20: 1435-1449.

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    Nicolas, A., 1989. Principes de tectonique, Masson, Paris, 196p. ISBN 2-225-81501-X.